L’ex-bâtonnière revient dans l’arène

février 25, 2017
ex-bâtonnière Lu Chuan Khong

« Ce qui me choque, c’est que la classe moyenne n’a pas un bon accès à la justice, ça prend une meilleure accessibilité.»
En juillet 2015, alors que Me Lu Chan Khuong venait d’être élue à la tête du Barreau du Québec, un média révélait qu’elle avait fait l’objet d’une plainte pour vol à l’étalage dans un magasin Simons­­ en avril 2014. Le dossier avait été déjudiciarisé, mais la nouvelle avait créé une crise qui s’était soldée­­ par sa démission. Un an et demi plus tard, elle replonge dans l’arène en se présentant à nouveau à la tête du Barreau.

Quelles motivations vous poussent à vous présenter à nouveau comme candidate?

On avait promis que mon programme serait respecté, mais ça n’a pas été le cas. Par exemple, en votant la hausse du salaire de la bâtonnière à 314 000 $ par an, ou en ne baissant pas les cotisations. La bâtonnière ne doit pas être dans sa tour, elle doit collaborer avec tous pour améliorer notre communauté. Il faut moderniser l’institution. Si ça prend mon retour pour mettre en œuvre ce plan, alors je vais revenir.

Votre démission en 2015 s’est faite dans la tourmente, qu’avez-vous retenu de cet épisode?

[L’histoire du vol de jeans] était une erreur­­ d’inattention. J’avais démissionné du Barreau afin de ne pas le para­lyser pendant deux ans. Mais ça m’a propulsé dans l’espace public. Ça ne sert à rien de gratter un bobo, dans la vie il faut avancer la tête haute.

Vous avez été loin des projecteurs pendant un an et demi, qu’avez-vous fait pendant cette période?

J’ai entre autres suivi l’actualité judiciaire. L’année 2016 a été horrible sur ce plan. Il y a eu le rapport de la protec­trice du citoyen qui dénonce la qualité des services offerts par l’État québécois. Il y a aussi eu l’arrêt Jordan [sur les délais­­], des dossiers ont traîné, et le Barreau­­ était totalement absent. On s’est mis la tête dans le sable avec ces délais judiciaires inacceptables. Avec ma pratique, j’ai été proche des gens.

Ce qui me choque, c’est que la classe moyenne n’a pas un bon accès à la justice­­, ça prend une meilleure accessibilité­­.

Les derniers mois ont été marqués par la grève des juristes. Vous avez pris position en leur faveur.

C’est le plus long conflit dans l’histoire de la fonction publique. Nos juristes, ce sont eux qui rédigent les lois, qui conseillent les ministres. Actuellement, le gouvernement fonctionne sans boussole juridique et en fin de compte, c’est le citoyen qui écope. Les juristes se sentent­­ abandonnés par le Barreau alors qu’il va dans l’intérêt du public de les défendre­­. Ça ne semble intéresser personne, mais ça touche tout le monde! Les avocats doivent jouer un rôle auprès des citoyens, c’est ce qui doit nous motiver.

En vous présentant aux élections, vous risquez d’être à nouveau la cible de critiques.

Je n’ai pas peur du passé. Les gens m’aiment­­ ou me détestent, je polarise! Ce que je veux, c’est un débat d’idée.

Que souhaitez-vous changer au Barreau?

Outre le salaire du bâtonnier qui doit diminuer­­, je pense aux jeunes qui commencent sans clientèle, mais qui s’endettent juste pour pratiquer. Quand je les regarde, mon cœur saigne. Il faut réduire­­ leurs cotisations. Une profession qui ne s’occupe pas de la relève n’a pas d’avenir. Il y a aussi les formations obligatoires, pourquoi ne pas remplacer une partie de celles-ci par des heures pro bono­­, pour les citoyens? On va arrêter d’être “inquiet et préoccupé”, on va agir.

Vous avez souvent critiqué le silence­­ du Barreau, pourquoi?

Le Barreau et sa bâtonnière doivent être le chien de garde du gouvernement, c’est un rôle important qu’elle ne fait pas valoir actuellement. Elle a un travail de vulgarisation pour informer et éduquer la population­­, le but étant d’améliorer notre communauté. Or, la confiance du public envers la justice a diminué.

Comment le Barreau peut-il contribuer à cette confiance?

Le Barreau doit se sentir interpellé, il doit être accessible et proche des gens. Il y a des choses qui fonctionnent, mais je veux permettre aux membres et aux citoyens de dire ce qui ne va pas. Car comment proposer un plan sans savoir ce qui ne fonctionne pas?

 

Michael Nguyen

MISE à JOUR 

PHOTO BEN PELOSSE

http://www.journaldequebec.com/2017/02/25/lex-batonniere-revient-dans-larene