Appuis importants pour les parents de victimes de chauffards

mai 04, 2012

-Publié par : Pierre Saint-Arnaud

La Presse Canadienne

04/05/2012

Les parents de victimes de criminels de la route, qui demandent à Québec de cesser d’indemniser les chauffards et de remettre plutôt cet argent aux proches, ont reçu des appuis importants, vendredi, à Montréal.

L’ex-ministre libéral de la Justice du Québec Marc Bellemare, qui défend cette cause depuis plusieurs années, le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu et des parents de victimes d’actes criminels bien connus, dont Isabelle Gaston et Michel Surprenant, sont venus offrir leur soutien aux parents en question.M. Bellemare estime qu’il est plus que temps de mettre fin à ce qu’il considère une aberration, soit le fait que les parents n’aient pas un sou alors que l’on indemnise les criminels de la route comme s’ils étaient des victimes.«C’est ce qui écoeure profondément, de voir qu’il y a de l’argent, des indemnités, des millions qui vont là, a indiqué le juriste en conférence de presse. À mon avis, ce n’est pas très compatible avec les mesures punitives qu’on a dans le code criminel et dans le code de la sécurité routière.»

M. Bellemare fait valoir que les parents doivent souvent débourser des sommes considérables et parfois quitter leur emploi pour s’occuper d’enfants qui ont été handicapés par des chauffards.

L’ex-ministre et les autres intervenants étaient accompagnés de deux mères dont les enfants ont requis des soins importants après avoir été victimes d’accidents impliquant des conducteurs criminels.

Lyse Jolicoeur a dû consacrer temps et argent – et a même perdu son emploi – pour s’occuper de sa fille Patricia, devenue paralysée et qui a survécu 50 mois après avoir été victime d’un chauffard trouvé criminellement responsable.

«Qu’est-ce que la SAAQ avait pour moi? Absolument rien, a-t-elle raconté. Je n’ai rien eu et je suis outrée de savoir que le criminel avait droit à des compensations monétaires alors que c’est moi qui ai dû toujours m’occuper de Patricia. Lui, il a fait ses six mois de prison, il est sorti et c’est fini.

«Il a eu des revenus pendant que moi, je me damnais pour Patricia. Je suis outrée de ça. Ce n’est pas juste… ce n’est pas juste», a répété Mme Jolicoeur, qui a expliqué avoir dû débourser près de 40 000 $ annuellement en soins pour sa fille, en plus de 30 000 $ pour ses propres soins à elle, tout cela après avoir dû encaisser une perte de salaire de 150 000 $ quand son employeur s’est plaint de son rendement.

Hélène Auger, qui a perdu son fils sous les roues d’un chauffard criminel, a également mis en relief le déséquilibre de la situation actuelle.

«On ne peut pas dire à une personne: tu es criminellement responsable d’un geste ou d’un crime que tu as commis et en même temps, on va t’envoyer ton chèque par la poste. C’est un non-sens. Et moi, parent, qui suis rendue à plusieurs milliers de dollars de perte pour simplement essayer de rebâtir ma vie à la suite de ça, moi ma sentence je l’ai eue. C’est une sentence à vie», a-t-elle dit.

Bien que la Société de l’assurance automobile du Québec refuse de dévoiler les montants qui sont versés annuellement à des automobilistes reconnus coupables d’infractions criminelles, M. Bellemare estime qu’elles se situent bien au-delà de 15 millions $. Selon lui, une compensation aux parents des victimes ne coûterait rien à l’État puisqu’il s’agirait simplement de réorienter les sommes présentement versées aux criminels de la route.

Une pétition à cet effet a été mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale.