Battus à coups de bâton de baseball

décembre 01, 2015

Un couple de Québec vit un véritable cauchemar depuis que des fier-à-bras de la construction les ont brutalisés en s’introduisant dans leur maison pour les tabasser à coups de bâton de baseball.

Il y a un an, Vital Bélanger et Stéphanie Vautour décident de se faire construire une nouvelle maison au lac Saint-Augustin. Ils confient les travaux à un entrepreneur.

Un jour, des inspecteurs de la CCQ débarquent sur le chantier et remettent une amende de 7000 $ à cet entrepreneur parce qu’il ne possède pas ses cartes de compétence.

«Il a voulu me refiler la facture, mais je lui ai dit que je ne paierais pas. Je m’attendais à ce que tout soit en règle quand je l’ai embauché», explique M. Bélanger.

Vital Bélanger et Stéphanie Vautour conservent de graves séquelles de l’invasion de domicile survenue en mai dernier.

PHOTO COURTOISIE
Vital Bélanger et Stéphanie Vautour conservent de graves séquelles de l’invasion de domicile survenue en mai dernier.

«Je pensais mourir»

C’est à ce moment que les ennuis ont débuté pour le couple. «Ça a commencé par un avertissement de l’entrepreneur, qui était accompagné d’un gars avec des gros bras», raconte M. Bélanger.

Puis, vers 6 h 30, un dimanche matin de mai, le cauchemar. «On était au lit, nus. J’ai entendu un bruit sourd et le temps que je réalise ce qui se passait, il y avait trois gars dans la maison. Il y en a un qui avait un bâton de baseball et m’a fait exploser la rotule», explique M. Bélanger.

Les coups pleuvent sur lui et un assaillant tente de le poignarder avec une moulure au bout acéré. «J’étais convaincu que j’allais mourir. J’essayais de me protéger du mieux que je pouvais», poursuit-il.

Pendant ce temps, sa conjointe réussit à sortir de la chambre et tente de fuir dans la maison. «Vital pensait que j’avais réussi à m’enfuir, mais il y en a un qui essayait de me violer. Il me ramassait par les seins et m’accotait partout dans les murs en me disant que je l’excitais», ajoute Mme Vautour.

15 fractures au visage

Après plus d’une demi-heure, les voleurs se sauvent finalement avec des bijoux et objets de valeur du couple.

«J’ai dit au voleur: si tu me tues, ça va être pire pour toi quand les policiers vont te retrouver. J’étais couvert de sang. J’ai eu 15 fractures au visage, la rotule pétée, une bulle de sang au cerveau et mon petit doigt ne déplie plus», raconte M. Bélanger.

Depuis, le couple se bute à de nombreux problèmes administratifs avec l’IVAC et leur assureur.

«Les policiers nous ont demandé de quitter la ville en attendant qu’ils arrêtent les suspects. On a passé trois semaines dans la Beauce et on vit à l’hôtel depuis parce que nos médecins ne veulent pas qu’on entre dans notre maison. Quand on y est retourné, il y avait encore des traces de sang partout. C’est traumatisant de retourner là», lance M. Bélanger.

Encore aujourd’hui, leur maison n’est pas réparée et leur hôtel n’est pas remboursé.

«On est en mode survie. Des amis me prêtent de l’argent. Ma blonde était coiffeuse à la maison et a perdu toute sa clientèle. Je ne vois pas quand tout ça va finir», termine, découragé, M. Bélanger.

CHRONOLOGIE

Octobre 2014 - Vital Bélanger et Stéphanie Vautour décident de se faire construire une nouvelle maison.

Mai 2015 - Trois individus s’introduisent chez le couple et tabassent M. Bélanger et Mme Vautour.

Mai 2015 - Un des trois fier-à-bras est arrêté.

Octobre 2015 - Le propriétaire de l’entreprise de construction est arrêté à son tour pour avoir commandité l’agression.

Novembre 2015 - La police de Québec recherche toujours deux complices dans cette histoire. Toute information peut être transmise au 418-641-AGIR.

DIFFICILE POUR LES VICTIMES D’OBTENIR DE L’AIDE

Les cas d’invasion de domicile sont parmi les plus difficiles à vivre pour les victimes, estime l’avocat et ex-ministre de la Justice Marc Bellemare.

Me Marc Bellemare se désole de la lenteur de l’aide apportée au couple Bélanger-Vautour.

Me Marc Bellemare se désole de la lenteur de l’aide apportée au couple Bélanger-Vautour.

Pourquoi est-ce si difficile de vivre les suites d’une invasion de domicile?

On a affaire à des gens qui sont bouleversés, qui ne sont pas capables de gérer leur quotidien, qui ont des douleurs et des troubles psychologiques et qui sont envahis par une paperasse déferlante. Ça prend quasiment un avocat dans la garde-robe quand les bandits entrent dans la maison.

Pourquoi est-ce si difficile d’obtenir de l’aide?

Ce n’est pas facile d’évaluer les pertes matérielles dans un premier temps. Les gens sont sous le choc. Ils ne vivent plus chez eux, les pertes sont immenses et on a de la difficulté à faire la preuve de leur incapacité. Les assurances et l’IVAC (lndemnisation des victimes d’actes criminels) sont des machines qui se mettent en place très lentement et ils sont très pressés de refuser les cas.

Faut-il s’armer de patience avant de se faire indemniser?

J’ai récemment réglé un cas d’invasion de domicile survenu à Montréal. Ça a pris sept ans. Le système n’est pas à l’écoute des gens. Normalement, on devrait les aider rapidement, parce que c’est à ce moment que les gens en ont besoin. C’est exactement pour des événements comme ceux-là qu’on prend des assurances. Trois, quatre ans plus tard, on règle les séquelles, mais dans l’immédiat, les victimes sont laissées à elles-mêmes.