«C’est rire du monde»

avril 01, 2010

Publié par :lejournaldequebec,Jean-François Racine

 

01/04/2010 23h25

 

Jocelyn St-Hilaire est dévasté par la décision de la Cour d’appel d’annuler la peine de pénitencier de Guillaume Camiré.
© Jean-Claude TREMBLAY
Même si le délit de fuite mortel est passible de l’emprisonnement à perpétuité, la peine de 23 mois à purger dans la collectivité de Guillaume Camiré envoie un message totalement contradictoire à la société, selon le père de la victime happée par le jeune homme.
« La société évolue et les juges doivent suivre le courant. Je ne suis pas seul à demander des peines plus sévères. Sauvez-vous, c’est la plus belle chose à faire, on dirait », affirme avec dépit Jocelyn St-Hilaire, père de Bobby, 15 ans, happé mortellement par Camiré.Complètement dévasté, M. St-Hilaire s’est rendu rencontrer l’avocat Marc Bellemare hier matin afin d’obtenir de l’aide pour forcer la Couronne à porter la cause devant la Cour suprême du Canada.

« Le gouvernement a durci les peines au Code criminel, mais il ne peut pas rendre un jugement à la place des juges », estime l’ex-ministre de la Justice.

Inacceptable

« Ça ne tient pas la route. Je ne baisserai pas les bras. Une vie a été enlevée. C’est rire du monde », ajoute M. St-Hilaire, qui ne peut pas concevoir que le jeune conducteur évite la prison.

Mercredi, la Cour d’appel a annulé la peine de 30 mois de pénitencier pour le délit de fuite mortel commis le 20 octobre 2006, à Saint-Bernard de Beauce. Seulement pour les huit premiers mois de sa peine, Guillaume Camiré ne pourra pas quitter son domicile, sauf pour travailler.

Dans ce cas précis, l’alcool aurait pu constituer un facteur aggravant, selon quelques jugements similaires. La Couronne n’a toutefois pas tenté de prouver qu’il dépassait le seuil légal au moment du crime. Son taux d’alcoolémie se situait à .067 quelques heures après les événements. Il n’a donc pas été accusé de conduite avec facultés affaiblies.

Peine dissuasive ou non?

Selon le Code criminel, le délit de fuite est aujourd’hui passible d’un emprisonnement maximal de cinq ans lorsqu’il s’agit d’un accident n’impliquant aucune blessure physique. Lors de l’accident, si l’auteur du délit de fuite savait que des blessures avaient été causées à autrui, il est passible de dix ans d’emprisonnement. Si l’auteur savait qu’une personne était décédée, il est passible de l’emprisonnement à vie.

Pourtant, malgré la possibilité d’imposer des peines plus sévères, le nombre de délits de fuite ne semble pas avoir diminué depuis dix ans et les suspects tentent toujours autant d’échapper à la justice.

Selon les chiffres fournis par la SAAQ, le nombre d’infractions au Code criminel en cette matière n’a presque pas varié depuis 1997.

Dans une cause célèbre, l’automobiliste Ron Carrière a été condamné en janvier 1999 à 18 mois de prison à la suite de la mort du jeune Vincent Desjarlais. Il a été libéré au bout de trois mois, après avoir purgé le sixième de sa peine. Ron Carrière avait fauché le jeune Desjarlais en mai 1997, mais ne s’était rendu à la police que 82 jours plus tard. Le législateur a ensuite voulu empêcher de tel cas en modifiant des dispositions.