Congédiement illégal : Elle l’emporte sur Hydro-Québec

octobre 27, 2014

La société d’État avait congédié Marie-Ève Morand en août 2013 parce qu’elle était enceinte

QUÉBEC  -  Une jeune femme vient tout juste de gagner une longue et dure bataille contre Hydro-Québec, qui l’avait congédiée illégalement parce qu’elle était enceinte.

Rien ne préparait Marie-Ève Morand à perdre son emploi de secrétaire en août 2013. En congé de maternité à la suite de la naissance d’un petit garçon, elle avait informé son patron au chantier de la Romaine, sur la Côte-Nord, qu’elle reviendrait au travail le 3 septembre.

Mais voilà, entre temps, la cigogne est passée de nouveau, si bien que Marie-Ève est retombée enceinte, de jumeaux de surcroît. Elle a donc informé rapidement son patron de ce rebondissement et obtenu un retrait préventif de la CSST, en raison des longues heures de travail (semaines de 60 heures) et de la route qu’elle devait faire pour se rendre au chantier.

Quelques jours plus tard, elle a reçu un courriel qui l’informait que son poste avait été aboli. «Je n’en revenais juste pas que ça puisse arriver en 2013. J’ai tout de suite compris que c’était lié à ma grossesse», raconte-t-elle.

Direction Kuujjuaq

«J’ai pris mes économies et je me suis battue. Je me retrouvais enceinte de 12 semaines, sans emploi et sans ressource. Quel employeur m’aurait engagé en sachant que je partais en congé de maternité?» questionne-t-elle.

Avec un bébé à la maison et deux autres en route, son conjoint a changé d’emploi pour en trouver un plus payant… à Kuujjuaq. «Imaginez le stress financier et familial. On se retrouve avec un seul salaire et bientôt trois enfants. On ne serait probablement jamais allé dans le Grand Nord», poursuit Marie-Ève.

Un emploi retrouvé

Dans un jugement de 23 pages rendu la semaine dernière, la Commission des lésions professionnelles démolit tous les arguments d’Hydro-Québec, attribuant la suppression du poste de Marie-Ève à une seule raison: sa grossesse.

«Le tribunal retient de la preuve que la nouvelle grossesse de la travailleuse «désorganisait» l’employeur, qu’il était pris de court», notent les commissaires.

En plus de réintégrer Marie-Ève dans son travail, ceux-ci ordonnent également à Hydro-Québec de lui verser le salaire qu’elle aurait normalement gagné, avec les intérêts.

«Pour moi, c’est un soulagement. Tout ce que je souhaite, c’est de reprendre mon travail que j’aimais, et pour lequel j’avais eu plusieurs promotions. Et si d’autres femmes vivent une telle situation, je les encourage à se défendre. C’est trop important», termine-t-elle.


 

« Ils prennent les gens pour des caves »

Un geste odieux, qui déshonore complètement Hydro-Québec: voilà comment l’ex-ministre de la Justice, Marc Bellemare, qualifie le congédiement illégal de Marie-Ève Morand.

Après avoir accompagné la jeune femme dans ses démarches au cours des derniers mois, Me Bellemare ne mâche pas ses mots à propos de la société d’État. «C’est carrément odieux, ce qu’ils ont fait. Des gestes comme ceux-là, on pense généralement que ce sont des petits garages de fond de cour qui les posent, pas un employeur de la trempe d’Hydro-Québec. On se croirait revenu dans les années 20», lance-t-il.

David contre goliath

Me Bellemare n’en revient pas qu’Hydro-Québec ait persisté dans ses démarches judiciaires et ait tenté de camoufler le congédiement de Marie-Ève Morand. «Ils ont tenté de faire croire que c’était une décision prise depuis des mois, mais il n’y avait aucune trace écrite et personne ne lui en avait parlé. Ils prennent les gens pour des caves. Et bien pire, il y a tout un service du contentieux qui a décidé d’aller au bout de cette plainte-là. Ils n’ont jamais reconnu leur erreur», poursuit-il.

Selon Me Bellemare, sa cliente a démontré beaucoup de courage pour se défendre ainsi. «C’était David contre Goliath, le combat d’une mère de famille qui tente de faire valoir ses droits contre le géant Hydro-Québec. C’est inquiétant de voir que des dirigeants de haut niveau de cette société d’État agissent ainsi. J’espère qu’il y aura un avant et un après ce jugement.»

Jean Laroche

Publié le: mercredi 08 octobre 2014

Chronologie

 

8 juillet 2013

Marie-Ève Morand informe son supérieur qu’elle revient au travail le 3 septembre

 

6 août 2013

Mme Morand informe son patron qu’elle est enceinte de jumeaux

 

7 août 2013

Mme Morand obtient un certificat de retrait préventif de la CSST

 

20 août 2013

Hydro-Québec informe Mme Morand que son poste est aboli

 

26 août 2013

Mme Morand dépose une requête pour congédiement illégal

 

1er octobre 2014

Mme Morand remporte sa cause contre Hydro-Québec

 

http://www.journaldequebec.com/2014/10/08/elle-lemporte-sur-hydro-quebec

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