M. Surprenant a tenté de voir Richard Bouillon

mars 14, 2012

- Publié par : JULIEN ARSENAULT
14/03/2012 18:03

La PRESSE CANADIENNE

LAVAL, Qc – Michel Surprenant, le père de Julie, avait été averti en 2006 que Richard Bouillon en était à ses derniers jours, mais la Sûreté du Québec lui a interdit d’entrer en contact avec le présumé meurtrier de sa fille.

C’est ce que M. Surprenant a raconté mercredi, au Palais de justice de Laval, au deuxième et dernier jour des audiences de l’enquête de la coroner Catherine Rudel-Tessier sur la disparition de l’adolescente, survenue en 1999.

Critiquant cette décision prise par les autorités à l’époque, M. Surprenant a expliqué qu’il voulait voir Richard Bouillon pour essayer de lui soutirer des aveux avant qu’il ne meure.

«Si j’avais été à la SQ, j’aurais laissé tomber les procédures habituelles, a-t-il raconté. Dans l’état où il (Bouillon) était, je suis sûr qu’il m’aurait parlé et on m’a refusé ça. Ça m’a extrêmement contrarié», a rappelé M. Surprenant, ému, à la fin des audiences.

Mardi, les témoignages d’une infirmière auxiliaire et d’une préposée aux bénéficiaires avaient permis d’apprendre que Richard Bouillon, le seul véritable suspect de l’enlèvement et du meurtre de Julie Surprenant, selon la SQ, aurait avoué ses crimes au moins quatre fois sur son lit de mort avant de succomber à un cancer, en 2006. Ces aveux n’ont toutefois pas été signalés publiquement avant l’année dernière.

À plusieurs reprises alors qu’il était questionné par son avocat, Me Marc Bellemare, M. Surprenant a remis en question la notion du secret professionnel, qui, apparemment, protège toute information venant d’un patient.

De plus, le père de l’adolescente a expliqué qu’il a dû essuyer une rebuffade des ordres professionnels en 2011 lorsqu’il voulait des explications après avoir appris que Bouillon avait fait des aveux à du personnel hospitalier.

«Tout citoyen qui est témoin de quelque chose de criminel a l’obligation de dénoncer, mais quand on arrive devant les ordres professionnels, il y a plein d’embuches», a déploré le père de la victime en fin de journée.

Des avocats présents à l’enquête publique pour l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec ainsi que l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec ont cependant rappelé que le personnel du milieu de la santé se devait de respecter la loi et de garantir la confidentialité des patients.

Ils ont cependant reconnu que l’enquête publique de la coroner Rudel-Tessier pourrait encourager une modification de la loi, mais qu’il faudrait mesurer les impacts d’une telle mesure sur l’ensemble des ordres professionnels oeuvrant dans le milieu de la santé au Québec.

De son côté, Me Bellemare a suggéré à la coroner de formuler une recommandation visant à clarifier la définition du secret professionnel. «Ça prendrait une obligation dans la loi qui forcerait le personnel soignant et du milieu carcéral à dénoncer toute information de nature criminelle», a précisé l’avocat de M. Surprenant dans une brève déclaration.

Me Bellemare a également plaidé pour que la population puisse avoir accès aux renseignements concernant les délinquants sexuels, dont le Registre national des délinquants sexuels.

Pendant son témoignage, M. Surprenant a par ailleurs dit qu’il ignorait que le présumé meurtrier de sa fille, qui était un voisin de la famille, avait à son actif plusieurs délits sexuels commis à l’endroit de mineurs. «Avoir su, j’aurais immédiatement cassé le bail», a confié le père de Julie Surprenant.

Selon Me Bellemare, d’autres tragédies similaires à celle de la disparition et du meurtre de Julie Surprenant pourraient être évitées si les gens pouvaient vérifier plus facilement les antécédents judiciaires de leur entourage.

«Ce n’est pas juste le rôle des policiers, a rappelé l’avocat de Michel Surprenant. La population est la première artisane de sa sécurité.»

La coroner Rudel-Tessier rédigera maintenant son rapport, qui sera déposé à une date qui n’a pas été dévoilée. S’il y a lieu, elle pourra formuler des recommandations visant une meilleure protection de la vie humaine.