Victime de la bureaucratie

janvier 06, 2013

-Publié par : le Journal de Montréal, Nicolas Saillant

06/01/2013

Une mère de famille dénonce la rigidité de la société d’État

La Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) refuse d’indemniser une mère de famille souffrant d’une blessure chronique au pied à la suite d’un accident de la route parce qu’elle a perdu son emploi 10 jours avant une opération prévue depuis des semaines.

Victime d’un tragique accident de motoneige en 2004, Julie Lemay est depuis aux prises avec une plaie ouverte à un pied qui l’a tenue à l’écart du marché du travail jusqu’en 2010. «Mon os a cassé et ça a sectionné mes artères. Ça a arraché», explique-t-elle.

Si la SAAQ l’a indemnisée pendant six ans, l’assureur public refuse maintenant de l’aider, même si une rechute de sa blessure a nécessité une nouvelle intervention le 26 octobre dernier.

L’assureur ne conteste aucunement le fait que la rechute est le résultat des effets secondaires de son accident, mais l’agente d’indemnisation de Mme Lemay lui a refusé le dédommagement demandé puisqu’elle était sans travail au moment de l’opération. «La SAAQ joue sur les dates en disant : Nous on commence le jour de l’opération», explique son avocat, Me Marc Bellemare.

Son poste aboli

En raison de la fusion de deux bureaux de notaires, son poste de secrétaire a été aboli le 15 octobre, 10 jours avant son opération. «Il aurait fallu que je me trouve un job pour deux semaines ou que je repousse la date de mon opération. C’est ridicule», lance celle qui regrette presque de s’être fait opérer. Après une série de rencontres chez le médecin, Julie a su, le 20 août, que son opération était le 26 octobre.

Me Bellemare va donc contester la décision, mais déplore les délais particulièrement longs. «C’est dramatique! Quant bien même elle gagnait sa cause dans un an ou deux, les dommages, c’est maintenant qu’elle les subit.»

Puisque Mme lemay n’était pas en emploi au moment de l’opération, le règlement de la SAAQ stipule qu’elle ne pourra être indemnisée qu’à partir du septième mois. Julie Lemay se retrouve donc sans aucun revenu puisque ses prestations d’assurance-emploi sont épuisées en raison des nombreuses absences causées par ses ennuis au pied.

«C’est arrange toi. Il faut que je vive avec rien», explique la dame, désemparée. Son conjoint doit donc subvenir aux besoins de sa conjointe et de ses deux enfants de cinq ans et 11 mois.

Règles suivies

De son côté, la SAAQ indique simplement qu’elle a appliqué la réglementation en vigueur.

«Il n’y aura pas d’indemnité de remplacement de revenu, mais il y a d’autres formes d’indemnisation. S’il y a des frais médicaux ou un besoin d’aide à domicile, elle peut vérifier avec son agente ce à quoi elle a droit», explique Gino Desrosiers, porte-parole à la SAAQ.

«Ça fait neuf ans, j’aimerais ça faire autre chose de mes journées que de me battre avec eux», complète pour sa part Mme Lemay.