Victimes de la tragédie de Lac-Mégantic : Cri du cœur d’un père endeuillé

mars 24, 2014

Les familles des victimes de Lac-Mégantic attendent toujours d’être indemnisées par l’IVAC

Jean Laroche

Publié le: dimanche 23 mars 2014

Neuf mois après avoir perdu sa fille Élodie, 18 ans, dans la tragédie de Lac-Mégantic, Richard Turcotte déplore le manque d’aide aux familles, qui n’ont toujours pas reçu un sou du programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC).

Élodie était serveuse au Musi-Café le soir où le train de la MMA a changé à tout jamais le paysage de Lac-Mégantic. Quelques minutes après le drame, M. Turcotte s’est précipité au centre-ville dans l’espoir de retrouver sa fille.«J’ai fait le tour de l’incendie pour trouver une issue par laquelle Élodie aurait pu s’enfuir», raconte-t-il.

Incapables de retourner travailler après la tragédie, M. Turcotte et sa femme ont dû se résoudre à vivre de l’assurance emploi. «Mais ce n’est pas éternel. Un moment donné, on avait des factures à payer. Il a fallu retourner à nos emplois.»

Depuis, tous les matins, tous deux doivent traverser le site de l’incendie pour se rendre à leur travail. «Sur place, il y a toujours quelqu’un pour nous parler d’Élodie ou du drame. Comment voulez-vous qu’on fasse notre deuil? On l’a dans la face tous les jours. À Mégantic, on vit tous la même chose. On est tous chamboulés», lance-t-il.

Aide insuffisante

S’il salue les efforts de la Croix-Rouge, qui s’implique à Lac-Mégantic depuis les premières heures du drame, M. Turcotte estime que ce n’est pas suffisant.

«Ce qu’on a besoin, c’est d’aide psychologique et de pouvoir prendre du repos. Ne pas se retrouver face au drame tous les jours. Et ce n’est pas dans deux ans qu’on en aura besoin, c’est maintenant», martèle-t-il.

«Tout le monde a été dédommagé pour le matériel. Les commerces ont reçu de l’aide pour repartir. Mais nous, les familles, on a besoin de panser nos plaies. C’est bien beau reconstruire, mais il faut aussi reconstruire nos têtes et nos cœurs.»

En colère

Aujourd’hui, M. Turcotte est en colère contre l’IVAC et les fonctionnaires. «Ils ont décidé de ne rien nous donner en attendant de voir la suite des procédures judiciaires, même s’ils pouvaient le faire.Ils m’ont aussi dit que mes fils ne pouvaient pas être comptés parmi les victimes parce qu’ils ne sont pas allés sur les lieux du drame, cette nuit-là. Je leur avais pourtant demandé de rester près du téléphone, au cas où Élodie appellerait. Ils ont passé toute la nuit à angoisser. Ils ont perdu leur sœur. Jamais je n’accepterai que quelqu’un me dise que ce ne sont pas des victimes», termine-t-il.

« Moi, ça m’écœure », dit Me Marc Bellemare

L’avocat Marc Bellemare juge méprisante l’attitude de l’IVAC envers les victimes de la tragédie de Lac-Mégantic, qui se retrouvent livrées à elles-mêmes depuis les tristes événements de juillet dernier.

L’ex-ministre de la Justice ne mâche pas ses mots dans ce dossier. Pour lui, l’IVAC se traîne les pieds et prive les familles des disparus de l’aide à laquelle ils auraient droit. «C’est évident dans ce dossier qu’il y a eu négligence criminelle. On le sait depuis des mois. Encore en fin de semaine, on apprenait que la SQ recommande des accusations. C’est amplement suffisant pour agir», dit-il.

Me Bellemare souligne d’ailleurs que dans l’article 13 sur la loi de l’IVAC, il est précisé que l’indemnisation ne doit pas être écartée du fait que les accusations de nature criminelles n’ont pas été déposées ou même que l’accusé est éventuellement acquitté.

Laisser traîner

«Moi, ça m’écœure. On laisse traîner injustement les choses. Il y a des dizaines de familles qui ont besoin d’aide présentement. La première ministre Marois et le ministre St-Arnaud doivent ordonner

immédiatement à l’IVAC que les réclamations soient traitées et réglées sans égard au cheminement des éventuelles accusations criminelles», insiste-t-il.

Pour lui, les autorités ont tout intérêt à laisser traîner les choses puisque les indemnités versées rétroactivement par l’IVAC ne portent pas intérêt. «Présentement, les familles s’appauvrissent, privées de remboursement de frais psychologiques et de remplacement de revenu, alors qu’on sait très bien qu’un stress post-traumatique doit être traité sans délai après la tragédie», souligne Me Bellemare.
http://www.journaldemontreal.com/2014/03/23/cri-du-cur-dun-pere-endeuille

–>Daniel Paquet

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