Meurtre à Québec : le BEI va enquêter sur l’intervention du SPVQ

Jacques Côté, 65 ans, a été victime du premier meurtre de l’année à Québec.

GUILLAUME CROTEAU-LANGEVIN
Source: RADIO-CANADA

Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a annoncé vendredi qu’il allait se pencher sur l’intervention du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) dans le dossier du meurtre survenu mercredi à Lac-Saint-Charles. L’enquête parallèle sur l’homicide a été retirée au SPVQ et confiée à la Sûreté du Québec (SQ).

Quatre enquêteurs du Bureau des enquêtes indépendantesBEI ont été chargés de faire la lumière sur les circonstances entourant l’intervention des policiers.

L’intervention du Bureau des enquêtes indépendantesBEI survient après la publication d’informations selon lesquelles les parents de l’accusé, Kim Lebel, auraient demandé aux policiers de Québec d’intervenir auprès de leur fils avant les événements tragiques de mercredi.

L’homme de 30 ans, qui souffre de problèmes de santé mentale, aurait montré des signes d’agressivité et de colère, suscitant l’inquiétude de ses parents. Il aurait également refusé de prendre ses médicaments.

Kim Lebel
Kim Lebel a été accusé de meurtre au deuxième degré jeudi après-midi au palais de justice de Québec.

Selon l’avocat des parents, Me Marc Bellemare, deux agents du Service de police de la Ville de QuébecSPVQ se seraient rendus au domicile de l’accusé lundi, soit deux jours avant le meurtre.

« Après lui avoir parlé, [ils] ont décidé de ne pas intervenir davantage malgré les supplications des parents, allègue Me Bellemare dans une lettre transmise jeudi à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, lui demandant d’ordonner l’ouverture d’une enquête indépendante. »

« Incurie »
« L’avocat reproche au Service de police de la Ville de QuébecSPVQ d’avoir mal évalué le degré de dangerosité de l’accusé. Dans ces circonstances, l’ex-ministre de la Justice jugeait inadmissible que les policiers de Québec soient saisis de l’enquête. »

« Nous trouvons inacceptable que le Service de police de la Ville de Québec procède actuellement à une enquête où sa propre incurie est en cause, a écrit Me Bellemare dans sa missive adressée à Geneviève Guilbault. »

L'avocat Marc Bellemare
L’avocat Marc Bellemare est intervenu auprès de la ministre de la Sécurité publique pour réclamer l’ouverture d’une enquête indépendante. (Archives)

BEI a précisé que conformément au règlement régissant ses interventions, le Service de police de la Ville de QuébecSPVQ a été dessaisi de l’enquête sur le meurtre de Jacques Côté au profit de la Sûreté du QuébecSQ.

Mise au point
Dans une mise au point publiée vendredi, le Service de police de la Ville de QuébecSPVQ a indiqué qu’après avoir pris connaissance des informations fournies par les parents de l’accusé, il avait lui-même pris la décision d’en aviser le Bureau des enquêtes indépendantesBEI, et ce, dès jeudi matin.

À ce moment, en fonction des éléments portés à sa connaissance, le Bureau des enquêtes indépendantesBEI a pris la décision de ne pas prendre [en] charge l’enquête, mais il a été convenu que le Service de police de la Ville de QuébecSPVQ demeurerait en constante communication avec le Bureau des enquêtes indépendantesBEI si des éléments nouveaux étaient portés à sa connaissance, affirme le corps policier dans un communiqué.

Le Service de police de la Ville de QuébecSPVQ dit comprendre que les familles de la victime et de l’accusé vivent des moments difficiles à la suite des événements de mercredi. Il tient toutefois à préciser que les policiers se sont gouvernés en fonction des faits qu’ils avaient à leur disposition au moment des événements.

Afin de protéger l’intégrité de l’enquête criminelle et du processus judiciaire, nous ne commenterons pas davantage ce dossier, fait savoir le service de police.

Évaluation psychiatrique

En plus de leurs démarches auprès du Service de police de la Ville de QuébecSPVQ, les parents de Kim Lebel auraient obtenu un jugement ordonnant que celui-ci subisse un examen psychiatrique.

Pour ce faire, ils auraient notamment été appuyés par La Boussole, un organisme de Québec qui vient en aide aux membres de l’entourage d’une personne ayant une problématique de santé mentale.

Pour des raisons légales et de confidentialité, la travailleuse sociale et directrice générale par intérim de La Boussole, Julie Belleau, n’est pas autorisée à confirmer avoir offert ou non un suivi ou un accompagnement à la famille de Kim Lebel.

Elle profite toutefois de l’occasion pour encourager les personnes se trouvant dans ce type de situation à se tourner vers les organismes œuvrant dans le domaine de la santé mentale.

Accompagnement

Des fois, en cas de doute, les familles ne veulent pas déranger, elles n’osent pas appeler. Les intervenants, dans le domaine de la santé mentale, demeurent disponibles pour pouvoir au moins aiguiller, informer puis diriger, si nécessaire, vers le bon service ou la bonne ressource. Donc, il ne faut vraiment pas hésiter à avoir recours à ces services-là, insiste Mme Belleau en entrevue à Radio-Canada.

Lorsqu’une personne refuse de recevoir des soins sur une base volontaire et que ses proches craignent pour sa sécurité ou celle d’autrui, La Boussole peut aider ces derniers à rédiger une demande d’ordonnance en évaluation psychiatrique en vue de la soumettre à l’évaluation d’un juge.

Ça va souvent être les demandes qui vont être évidemment priorisées en urgence étant, par moments, la dangerosité éminente. Puis on va offrir soutien à la famille, explique Julie Belleau.

Critères d’intervention à revoir

Le Dr Gilles Chamberland, psychiatre à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel, explique qu’au Québec, il faut attendre d’être en présence d’un danger grave et immédiat pour que les policiers puissent intervenir auprès d’une personne en détresse qui refuse de se faire soigner.
C’est le seul critère pour qu’on puisse faire évaluer quelqu’un contre son gré, qu’il y ait un danger. Et malheureusement, des fois, la première manifestation du danger, c’est quelque chose de grave comme un homicide, et ça arrive plus souvent qu’on pense quand on regarde ça en rétrospective, fait valoir le médecin.

Le Dr Gilles Chamberland estime que la présence d’un danger grave et immédiat ne devrait pas être le seul facteur à prendre en considération pour obliger une personne à subir une évaluation psychiatrique.

Il affirme que devant des policiers, certains patients en décompensation psychotique arrivent à se maîtriser suffisamment pour convaincre ces derniers qu’il n’y a pas lieu d’intervenir.

Les agents de la paix vont se dire : « oui, il y a un danger, on le voit, mais il n’est pas grave et immédiat ». À ce moment-là, c’est la famille qui doit prendre sur elle d’aller chercher l’ordonnance [en évaluation psychiatrique], déplore le Dr Chamberland.

Mieux former les policiers

D’autres experts estiment que les services policiers québécois ne sont pas assez outillés pour répondre aux différents enjeux de santé mentale auxquels ils sont confrontés.

On a cette semaine un exemple assez clair que la police n’est pas en mesure de traiter toutes les demandes qu’on lui formule en matière d’intervention sociale, fait valoir Guillaume Hébert, chercheur à l’Institut de recherches et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Le hasard a voulu que les événements de mercredi dernier coïncident avec la publication d’une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiquesIRIS sur le sujet intitulée Réinventer le financement de la police au Québec.

Les policiers et policières sont constamment aux prises avec des problèmes sociaux pour lesquels ils ne sont pas formés, ce qui mène parfois à des drames. C’est de cette impasse qu’il faut sortir, soutient Roberson Edouard, chercheur associé à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiquesIRIS et co-auteur de l’étude.

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