Disparition de Julie Surprenant Bouillon avait confessé le meurtre

mars 13, 2012

- Publié par : canoe.ca de Cédérick Caron

13/03/2012 12h16 – Mise à jour 13/03/2012 21h48

MONTRÉAL – Le suspect numéro un dans la disparition puis le meurtre de Julie Surprenant, Richard Bouillon, a confessé son crime à deux employés de l’hôpital Cité-de-la-Santé de Laval, et ce, à au moins trois reprises, alors qu’il était sur son lit de mort en juin 2006.
Pourtant, ses confessions et son désir que la famille soit informée des gestes qu’il a posés sont restés lettre morte auprès de l’infirmière auxiliaire, Annick Prud’homme, et de la préposée aux bénéficiaires, Johanne Dubois, a-t-on pu apprendre dans le cadre de la première journée d’audience de l’enquête publique du coroner sur la mort de Julie Surprenant.

Relevées de leur secret professionnel par la coroner Catherine Rudel-Tessier, les deux femmes se sont replongées dans les jours qui ont précédé le décès de Richard Bouillon qui purgeait, à ce moment, une peine après avoir été reconnu coupable de viol, d’attentats à la pudeur et d’agression sexuelle dans un autre dossier.

«Il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit: « c’est moi qui l’ai tué, Julie »», s’est rappelée Mme Dubois à qui M. Bouillon s’est adressé une seule fois.

«Il m’a indiqué qu’il était l’auteur du meurtre de Julie Surprenant, qu’il l’avait laissé dans un sac de sport avec des briques, qu’il l’avait lancé dans la rivière des Mille Îles, derrière une église, à Terrebonne, et qu’il voulait parler à Claude Poirier», a pour sa part raconté Mme Prud’homme.

Les deux femmes, croyant que le prévenu avait eu l’occasion d’échanger avec le journaliste judiciaire, n’ont pas jugé bon de donner suite à ces aveux. Or, après vérification, il s’est avéré que Bouillon n’avait jamais pu parler à Claude Poirier.

Des gardiens au courant

Selon les deux femmes, au moment où elles prodiguaient des soins à M. Bouillons et qu’il se serait confié, il y avait toujours un agent des services correctionnels dans la chambre-cellule.

«Je suis convaincue que l’agent dans la cellule, de même que celui qui assure la surveillance avec des caméras et des micros, ont aussi entendu», a soutenu Mme Dubois.

De son côté, Service correctionnel Canada, par la voix de son avocate Michelle Lavergne, a indiqué qui sera difficile de retrouver les agents qui assuraient la surveillance de M. Bouillon. Cette dernière a aussi indiqué que le service avait étudié le journal de bord des agents correctionnels de l’époque et que rien de pertinent n’avait été relevé.

L’avocat du père de Julie Surprenant et ancien ministre de la Justice, Marc Bellemare, a demandé à ce que le document soit déposé devant la coroner, ajoutant que ce n’était pas à Service correctionnel Canada de juger la pertinence des informations colligées par ses employés.

Des détenus témoins

Daniel L’Archevêque, un agent correctionnel senior du pénitencier de Drummondville, où M. Bouillon était incarcéré, est venu raconter que deux détenus avaient tenté de tirer les vers du nez de Richard Bouillon en 2005.

«De notre bureau, j’ai observé deux bonshommes discuter avec Bouillon pendant une dizaine de minutes, a-t-il raconté. Ensuite l’un d’eux est parti, puis il est revenu avec une feuille de papier. Bouillon a rapidement quitté la table. Un des deux bonshommes, un gars crédible, est ensuite venu me dire: « Merde, on a failli l’avoir. Il commençait à jaser, mais mon chum est allé chercher du papier pour avoir une confession par écrit ».»

M. L’Archevêque n’avait pas jugé bon de rédiger un rapport à l’époque. Ces informations ont refait surface l’automne dernier, lors de la préenquête du coroner.

Me Lavergne a indiqué que Service correctionnel Canada allait entreprendre des démarches pour retrouver ces deux détenus que Me Bellemare aimerait appeler à la barre des témoins.

Julie Surprenant a été vue pour la dernière fois à Terrebonne en 1999. Son corps n’a jamais été retrouvé. De nouvelles recherches ont eu lieu l’automne dernier. Elles ont été menées par la Sûreté du Québec sur la rivière des Mille Îles, à Terrebonne.

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Ce qu’ils ont dit
«On était toujours mal à l’aise d’entrer dans cette cellule» — Johanne Dubois, préposée aux bénéficiaires, Cité-de-la-Santé

«Ce qu’on apprenait à l’école concernant le secret professionnel était au point vu médical. Cela ne portait pas sur des déclarations comme celle du sujet. Comme il voulait parler à Claude Poirier, et je pensais qui l’avait fait, je n’ai pas poussé plus loin.» — Annick Prud’homme, infirmière auxiliaire, Cité-de-la-Santé

«C’est enrageant de savoir que tant de gens avaient de l’information qui aurait pu aider depuis plusieurs années.» — Pina Arcamone, Enfant-Retour

«Les informations que nous aurions pu recevoir en 2006 auraient été des éléments clés et nous aurions pu utiliser une technique d’enquête d’enregistrement pour recueillir une preuve incriminante.» — Sébastien Rousseau, sergent enquêteur Sûreté du Québec.

Antécédents judiciaires de Richard Bouillon en matière de crimes sexuels

— 7 février 1974, Tentative de viol et attentat à la pudeur
— 22 novembre 1977, Actions indécentes
— 21 février 1990, Agression sexuelle
— 3 juin 1998, Prostitution juvénile
— 2 mars 2003, Agression sexuelle, attentats à la pudeur et viol

*Source Sûreté du Québec