Une grève qui a des conséquences pour des milliers de Québécois

janvier 15, 2017

La grève des juristes du gouvernement du Québec qui dure depuis presque trois mois aura des conséquences très graves pour des milliers de victimes de la route, des accidentés du travail, des victimes d’actes criminels, parce que les tribunaux administratifs sont complètement paralysés.

«Ça crée un chaos incroyable dans les causes et ça crée des délais absolument catastrophiques», déplore Me Marc Bellemare.

Déjà, des victimes devaient attendre souvent jusqu’à deux ans pour obtenir une première audience devant le tribunal administratif. 22 postes de juge sont toujours vacants. La grève des avocats du gouvernement fait maintenant en sorte que toutes les causes sont systématiquement reportées.

«On parle d’environ 5000 remises qui ont été accordées : au niveau des dossiers qui touchent la CNESST, c’est plus de 1000 dossiers, à la SAAQ, c’est près de 500 dossiers, détaille Me François Desroches-Lapointe, de LANEQ (Les avocats et les notaires de l’État québécois). En matière de Revenu Québec, c’est environ 1500 dossiers.»

La curatelle publique n’est pas épargnée.

«C’est environ une centaine de dossiers qui n’ont pas pu procéder devant les tribunaux», rajoute Me Desroches-Lapointe.

Des victimes qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts vont faire les frais de ce conflit, dit l’ex-ministre de la Justice du Québec.

«Le gouvernement ne paie pas ses avocats, un, donc il fait de l’argent là-dessus. Il ne paie pas les victimes qui devraient être payées si elles gagnaient leur cause», explique Me Bellemare.

Une de ses clientes, Tanya St-Arnauld, devait être entendue lundi. Elle a été avisée à la dernière minute qu’il ne se passera rien.

«Des fois, je me fais dire: « Ton agresseur est sorti de prison déjà, et toi, c’est même pas réglé encore avec la cour »», se désole Mme St-Arnauld.

En 2012, l’ex-ami de Tanya St-Arnauld lui a jeté au visage un produit corrosif. Elle a été brûlée sur 19% de son corps. L’ex-coiffeuse et mère de deux enfants n’a pas pu recommencer à travailler.

«Il y a beaucoup de stress que je vis que je ne connaissais pas avant», mentionne-t-elle.

L’IVAC, l’Indemnisation des victimes d’actes criminels, lui verse 80% du salaire minimum. Elle conteste, mais ne peut pas être entendue à cause de la grève.

«On n’arrive pas avec ce montant-là», témoigne Mme st-Arnauld.

La ministre ne commente pas la situation. Selon Marc Bellemare, le Conseil du trésor du gouvernement du Québec, qui a le mandat de négocier, a tout intérêt à ne pas régler ce conflit parce qu’il économise des millions de dollars.

«J’accuse la ministre de la Justice de s’enrichir sur le dos des victimes qu’elle refuse de payer», fulmine l’avocat.

-D’après le reportage d’Harold Gagné