Obligé de retourner au boulot

juin 14, 2011

14/06/2011

Par : Nicolas Saillant

La SAAQ retirera d’ici quelques jours le permis d’Yvon Denault lui permettant de conduire un véhicule lourd, en raison des médicaments qu’il prend et qui affectent sa capacité de concentration.
© Simon Clark
Sans prestation de la CSST depuis deux mois, le camionneur Yvon Denault est forcé de retourner au travail même si la SAAQ est sur le point de lui retirer son permis. 

En avril 2009, alors qu’il surveillait le remplissage de son camion dans une carrière de Québec, Yvon Denault a reçu une masse de 10 livres en plein visage à la suite d’une fausse manœuvre d’un opérateur de pelle mécanique. Victime de quatre fractures du crâne et de la mâchoire, le camionneur a dû subir de nombreuses interventions chirurgicales pour retrouver son apparence physique, mais continue de souffrir des répercussions de sa malchance.

L’homme, qui a 30 ans de métier, souffre presque quotidiennement de migraines et d’étourdissements qui l’obligent à prendre du Dilaudid et du Lyrica, de puissants analgésiques qui s’apparentent à de la morphine.

Un travail à reprendre

En avril dernier, après deux ans de prestation et malgré un état de santé toujours fragile, la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) a décidé de ne plus l’indemniser. Dans une lettre laconique de quelques lignes, la commission demande au camionneur de reprendre son travail à temps plein, et ce, même si trois médecins ont jugé qu’il n’était plus apte au travail.

M. Denault a pourtant fait quelques essais pour tenter de réintégrer son travail, mais les vibrations du camion et les rotations de la tête qu’il doit continuellement faire lorsqu’il conduit lui donnent rapidement des migraines l’obligeant à prendre ses narcotiques.

À la suite de ces tests, le neurologue Yves Duchatel, mandaté à deux reprises par la CSST pour évaluer la situation du prestataire, a conclu que « le travail de chauffeur de “van” semble difficile à réintégrer. Monsieur devra donc avoir un travail lui permettant de limiter les mouvements de sa tête ».

Ces avis n’ont pas suffi aux agents de la CSST, qui ont coupé les prestations au camionneur depuis le 13 avril, sauf les médicaments qui continuent d’être payés par la commission.

Aucun revenu

Le camionneur refuse de travailler, compte tenu des risques qu’il représente pour la société lorsqu’il est au volant de son poids lourd de 45 tonnes. « Même la SAAQ veut me retirer mon permis de classe 1 à cause de ma médication. » Il n’a donc aucun revenu depuis maintenant deux mois.

Son avocat, Marc Bellemare, conteste la décision du 13 avril, mais les démarches risquent de prendre un an avant qu’un juge renverse la décision. Pendant ce temps, M. Denault n’a aucun revenu : « Il paye donc de sa poche pour assurer la sécurité du public », déplore Me Bellemare.