Pas de regret pour le poseur d’affiches

mai 18, 2014
poseur

Un an après avoir posé des dizaines d’affiches dans le secteur de Charlesbourg pour avertir les citoyens qu’un pédophile habitait dans leur quartier, Serge Doran-Marcheterre ne regrette rien.

«Au contraire, je suis même content du dénouement. Grâce à ça, le procès d’Audrey a sûrement été plus médiatisé et peut-être qu’on va pouvoir faire changer les choses pour des peines plus sévères», dit-il.

C’est après une nouvelle remise du procès que le conjoint d’Audrey a décidé d’aller placarder le quartier de ses affiches. «Je n’en pouvais plus de la voir comme ça, à avoir peur tout le temps. Lui, il se promenait comme si de rien n’était. Je me demandais tout le temps s’il allait en attaquer une autre. Il faut vivre 20 heures par jour avec quelqu’un qui a été agressé pour voir à quel point c’est horrible», raconte-t-il.

Se faire justice

Une nuit, pendant qu’Audrey travaillait, il s’est donc mis à l’ouvrage dans le quartier. «Je les ai si bien posées qu’il en reste encore une aujourd’hui», lance-t-il avec un brin de fierté. Le lendemain, en regardant les nouvelles, Audrey a découvert ce qu’avait fait son conjoint. «J’étais tellement surprise! Je me suis dit qu’on ne pouvait pas se faire justice soi-même, mais bon, finalement, c’était bien correct.»

« BEAUCOUP DE COURAGE », SELON MARC BELLEMARE

Me Marc Bellemare salue le courage de sa cliente, Audrey Beaulieu, qui contribue à faire avancer la justice, selon lui.

En quoi la sortie publique d’une victime est-elle si importante?

Ça prend beaucoup de courage pour sortir publiquement comme elle le fait. J’ai toujours cru que ce sont des gestes comme ceux-là qui aident à faire avancer notre système de justice. Au sein de la population, il y a une intolérance de plus en plus marquée pour ce type de crimes. Il y a tellement de gens qui se découragent en cours de route. Ce n’est pas du tout facile pour les victimes d’actes criminels.

Est-ce une bonne chose d’imposer des peines minimales?

Oui. Je crois aux peines minimales. Est-ce qu’il y a quelqu’un au Canada qui trouve que c’est trop d’imposer une année de prison dans un cas d’agression sexuelle ou cinq ans pour de l’inceste? Je ne pense pas. Ça permet de mettre une base et ensuite le juge peut partir de là pour imposer sa peine. Pour les victimes qui veulent dénoncer, ça permet également de leur assurer un minimum quand elles entreprennent leur bataille.

Les peines devraient-elles être fermes?

Si on respecte vraiment les décisions des tribunaux, pourquoi il y a encore toutes ces possibilités de libération conditionnelle au tiers, aux deux tiers et même au sixième de la peine au Québec? Quand il impose une peine, un juge ne peut pas tenir compte des libérations conditionnelles. Ça, c’est le résultat d’une jurisprudence au fil des années qui a toujours été montée en faveur des criminels. Jamais pour les victimes. C’est seulement depuis 2006 qu’on a un gouvernement à Ottawa qui a une préoccupation vis-à-vis les victimes.

 

JEAN LAROCHE @

PUBLIÉ LE: | MISE À JOUR: 

Le Journal de Québec

http://www.journaldequebec.com/2014/05/16/pas-de-regret-pour-le-poseur-daffiches

 

 

Justice | Pédophilie : Audrey veut que son calvaire serve d’exemple
Agressée sexuellement, elle part en croisade contre les pédophiles
Jean Laroche
Publié le: vendredi 16 mai 2014
 
Après avoir vécu des centaines, voire des milliers d’agressions sexuelles de la part d’Alain Potvin pendant près de sept ans, Audrey Beaulieu a décidé de briser le silence afin de partir en croisade contre les pédophiles et tenter d’aider d’autres victimes à s’en sortir.
Il y a un an, des dizaines d’affiches avertissant la population de Charlesbourg qu’un pédophile se trouvait dans leur quartier apparaissaient. La victime derrière ce cauchemar, c’était Audrey Beaulieu.
 
Des agressions tous les jours
Pour la première fois, la jeune femme de 27 ans raconte le cauchemar qu’elle a vécu à visage découvert, ayant même fait lever l’interdit de non-publication qui devait protéger son identité au cours du processus judiciaire.
 
«J’avais onze ans quand tout ça a commencé. Il (Alain Potvin) s’était installé chez nous depuis quelques mois. Au début, c’était des attouchements. Puis, au fil du temps, ça c’est transformé en agressions sexuelles complètes», laisse tomber Audrey.
 
Dès qu’il en avait l’occasion, Potvin allait la retrouver et abusait d’elle. «C’était tous les jours. Souvent deux fois par jour. Il disait à ma mère qu’il m’aidait à faire mes devoirs et en profitait. J’avais peur de le dire. Il disait que personne ne me croirait, que ma mère avait besoin de l’argent qu’il lui donnait.»
 
«J’avais peur. Je faisais exprès de manquer l’autobus scolaire parce que je savais ce qui m’attendait en arrivant à la maison si j’étais seule avec lui. Je suis devenue plus renfermée. Je ne faisais plus confiance à personne. J’ai perdu mes amis», poursuit Audrey.
 
Idées suicidaires
Rapidement, l’adolescente qu’elle était a eu des idées suicidaires. «J’avais tellement honte. J’avais toujours des gros maux de ventre. Je voulais mourir. Je me sentais comme une moins que rien, un objet. Je n’ai pas eu d’enfance.»
 
C’est en 2004 qu’Audrey a pu se libérer de son bourreau, quittant le nid familial pour aller étudier en techniques policières, en Ontario.
 
«Pendant un cours, le professeur parlait du viol et j’ai craqué et éclaté en sanglots. C’est là que j’ai commencé à consulter. Après, je l’ai dénoncé à la police», explique Audrey.
 
Aider d’autres victimes
Aujourd’hui, elle veut aider les victimes à dénoncer leur agresseur. «Même si c’est long, même s’ils ont souvent des peines bonbon, ça vaut la peine. Ça enlève un gros poids sur les épaules.»
 
Elle souhaite également militer pour des peines plus sévères. «Il m’a agressée pendant sept ans. Je veux qu’il fasse sept ans ferme. Pas qu’il sorte au tiers ou au deux tiers de sa peine.»
 
C’est le 25 juin qu’Alain Potvin connaîtra sa sentence. «J’ai hâte et je l’appréhende en même temps. J’espère qu’elle sera longue. Il m’a volé ma vie. Quand tu te fais tuer, c’est fini. Moi, je vais vivre avec ça jusqu’à ma mort.