Un accident de VTT la laisse paraplégique et sans indemnité

Ce qui devait être un week-end relaxant à son chalet situé dans le nord de la province s’est transformé en cauchemar pour un couple de Québécois. Un cauchemar qui le hantera pour toujours. Et qui a cloué Raphaëlle Dion à un fauteuil roulant, sans aucune indemnisation pour traverser cette épreuve.

«Ça chamboule toute une vie…», confie-t-elle, toujours clouée à un lit d’hôpital un mois après son accident.

La Granbyenne et son conjoint, Simon Berthiaume, se sont rendus à leur chalet situé entre Grand-Remous et Clova pour y passer du bon temps avec un couple d’amis, en mai dernier. Durant une promenade à bord de leur véhicule tout-terrain sur un chemin forestier, le malheur leur avait donné rendez-vous.

«Mon conjoint a voulu éviter un autre quatre roues qui a fait une manœuvre imprudente. Notre véhicule a foncé dans une dune de sable. C’est comme si on rentrait dans un mur de brique», raconte-t-elle.

Le couple a été éjecté lors de l’impact. Gravement blessés et cloués au sol, ils ont attendu six heures avant que les paramédics arrivent à leur chevet. Durant cette attente, des amis ont fait un feu et installé une tente pour les réchauffer. Ils ont tenté, tant bien que mal, de leur prodiguer les premiers soins.

La femme et son conjoint ont été transportés d’urgence à l’hôpital le plus près, à Mont-Laurier. La femme, propriétaire d’un salon de coiffure, a rapidement été transférée au Centre intégré de traumatologie de l’hôpital Sacré-Coeur à Montréal. Son conjoint l’a rapidement rejoint aux soins intensifs.

L’étendue des dégâts donne froid dans le dos. Onze côtes fracturées, séparation du haut et du bas de son dos et des fractures de plusieurs vertèbres cervicales et la clavicule gauche. Les chirurgiens ont fusionné cinq vertèbres dorsales et deux lombaires.

«L’expert m’a dit que ce n’est pas une chirurgie évidente. J’ai aussi une atteinte à la moelle épinière qui était compressée et qui saignait beaucoup», explique-t-elle.

Le pronostic est sombre et brutal. «Je suis paraplégique. Je ne peux pas bouger tout le bas du corps…», laisse tomber la mère de deux enfants, en étouffant ses sanglots.

Les chances qu’elle puisse retrouver un jour l’usage de ses jambes sont estimées de 1 % à 2 %. «Des miracles, ça existe», dit-elle, avec le dynamisme qui l’anime durant toute l’entrevue.

«Je me donne le droit de pleurer, mais jamais je ne vais baisser les bras. Je suis une guerrière. C’est juste inné.»

—  Raphaëlle Dion

Deux citoyens de Granby, Raphaëlle Dion et Simon Berthiaume, ont été impliqués dans une sortie de route en VTT.

Son chemin de croix sera long. Elle attend d’être transférée à l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsey-de-Montréal où une armée de spécialistes l’attendent pour la rendre la plus autonome possible dans sa nouvelle réalité au quotidien.

Son conjoint, qui est père de quatre enfants, a subi une intervention chirurgicale à la colonne vertébrale, en plus d’avoir des côtes fracturées. Même s’il a eu son congé de l’hôpital, il doit demeurer sous supervision en tout temps, ce qui a entraîné son déménagement temporaire chez sa mère.

«Il a une atteinte cervicale. Il portera un collier cervical durant six à huit semaines. C’est la gestion de la douleur (qui est le pire) pour lui», explique sa conjointe.


Leur appartement, loué récemment, devra être adapté pour répondre à la nouvelle condition de la mère de famille Or, le hasard a voulu que le précédent locataire était en fauteuil roulant et que plusieurs améliorations avaient déjà été faites pour faciliter son quotidien.

Aucune indemnisation de la SAAQ

Raphaëlle Dion le répète à plus d’une occasion durant l’entrevue. Son conjoint et elle, des travailleurs autonomes, sont prévoyants. Ils avaient souscrit à une assurance privée en cas d’accident. Elle couvre les lésions subies lors d’un accident, mais elle n’offre aucun remplacement salarial.

Quand le couple a formulé une demande d’indemnisation à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), une mauvaise nouvelle l’attendait. La Loi sur l’assurance automobile ne prévoit aucune indemnisation pour les blessures subies dans un accident avec un véhicule hors route.

«Au moment de l’immatriculation, ils ne paient pas de contribution d’assurance alors que c’est le cas pour un véhicule routier», explique Gino Desrosiers, porte-parole de la SAAQ.

En revanche, si un véhicule hors route est impliqué dans une collision avec un véhicule routier, une voiture ou un camion par exemple, l’indemnisation est offerte, précise le porte-parole.

Cette loi est vivement dénoncée par l’avocat et ex-ministre de la Justice Marc Bellemare, dont le cabinet défend les droits des victimes et des accidentés.

«C’est ce que j’appelle un enrichissement sans cause. Ils paient des immatriculations, mais ils ne sont pas autorisés à circuler sur des chemins publics, et s’il n’y a pas d’automobile impliqué dans l’événement, il n’y a pas d’indemnisation», déplore-t-il.

«Ce que je trouve inacceptable, c’est que l’État est au cœur de ça. C’est une fausse représentation.»

—  Marc Bellemare

L’avocat raconte recevoir, durant la saison hivernale, des appels chaque semaine de motoneigistes qui ont été blessés et qui ignoraient que le paiement de leur immatriculation ne couvrait aucune indemnisation en cas d’accident.

«Il faudrait que le gouvernement dise clairement qu’ils ne sont pas assurés ou qu’il ne charge aucun frais d’immatriculation parce qu’ils ne circulent pas sur le réseau routier, donc ils paient pour rien, estime-t-il. C’est l’État québécois qui nous ment en pleine face en nous vendant une impression.»

L'avocat, Marc Bellemare.

Bien souvent, dit-il, les utilisateurs de véhicules hors route apprennent que la SAAQ ne prévoit pas d’indemnisation en cas d’accident lorsque le mal est déjà fait.

«Le problème qui se pose aussi, c’est que ces gens-là sont blessés gravement. Des accidents de quatre roues, ce ne sont pas des égratignures. C’est des amputations, des comas, des dommages neurologiques, des séquelles majeures. Le gouvernement doit leur dire clairement ou qu’ils cessent de cotiser», estime Me Bellemare.

Des séances de physiothérapie sont notamment au programme de la réhabilitation de la quadragénaire qui devra apprendre à se déplacer autrement.

Questionné à ce sujet, le porte-parole de la SAAQ explique que les sommes perçues en immatriculation pour les véhicules hors route servent entre autres à l’entretien et au développement du réseau québécois des sentiers de véhicule tout-terrain et de motoneige.

M. Desrosiers précise du même souffle que la loi est expliquée sur les sites des Fédérations québécoise des clubs de quads et des clubs de motoneigistes du Québec, de même que celui de la SAAQ.

Soutien financier

Le couple ne recevra pas un sou à la suite de l’accident qui hypothéquera le reste de leur vie. La Granbyenne n’a pas l’intention de se laisser abattre et veut adapter son salon de coiffure pour reprendre éventuellement le boulot.

«Je ne suis pas le genre de personne à se victimiser», dit-elle du tac au tac. Son conjoint, dont le travail oblige une grande forme et force physique, devra évaluer s’il pourra reprendre le même travail dans le domaine de la construction.

«J’ai eu 40 ans au mois de mars. Câline, je ne pensais pas qu’à 40 ans je serais obligée de dépendre de tout le monde, du moins le temps que j’aille mieux», laisse tomber Raphaëlle Dion, qui fait preuve d’une résilience sans borne.

Des amis et des membres de leur famille multiplient les événements pour les aider financièrement. Une campagne de sociofinancement a entre autres été lancée pour leur offrir un coup de pouce.

«Une chance qu’on est épaulés. Il y a plein de monde autour de nous. On n’est pas laissé à nous-même», souligne Mme Dion, qui peut compter sur la présence quotidienne de sa mère depuis l’accident.



Devant ce cauchemar financier, le couple étudie néanmoins la triste possibilité de déclarer faillite.

«On a des problèmes médicaux, mais là s’en suivent des problèmes financiers. On n’a pas d’argent qui rentre depuis plus d’un mois, fait-elle savoir. C’est de grosses décisions. On ne pourra pas garder notre mode de vie. On va devoir vendre certaines choses, mais ce n’est que du matériel», conclut-elle.

https://www.latribune.ca/actualites/le-fil-des-coops/2023/06/20/un-accident-de-vtt-la-rend-paraplegique-Q7INXTNXWZAERLVWR55L5CPLN4/

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